Introduction
Le présent texte m’est inspiré du stimulant appel concernant l’autobiographie langagière dont j’éprouve ici la fécondité, découvrant un vécu inédit.
Je restituerai en premier lieu le contexte biographique et l’évolution de mon rapport aux langues et aux parlures1, car ce rapport est toujours narratif et incarné. Les balises temporelles témoigneront du plongement d’un individu dans une situation plurilingue mais non pas dans une pluriculturalité paisible : la violence des rapports de force issus de la traite négrière et du commerce triangulaire a façonné notre culture jusqu’aux rapports asymétriques postcoloniaux actuels d’où sont issues de longue date les migrations mondialisées2. Ces migrations se sont aussi et très tôt orientées de l’Occident vers l’extérieur : des masses étant levées par les discours s’autorisant des Lumières (1885 : Jules Ferry, Léopold II…), outre l’acquisition d’une position sociale supérieure pour les uns, une partie, mes parents, était au contraire convaincue de remplir là une mission civilisatrice.
Je questionnerai ensuite la validité de la catégorie « langue maternelle », le « rapport-à » : consiste-t-il uniquement à des langues parlées et comprises pour échanger des informations ? Que faire alors de ces parlers qu’on ne pratique pas mais qui fascinent et dont on ne retient que des formules, des jurons pourtant gravés à jamais ? J’évoquerai enfin les puissants effets issus de ces divers rapports.
Éléments biographiques
Je suis né sur l’Équateur en République démocratique du Congo, colonie belge à l’époque, dans la nouvelle vague d’agents de l’État venus à partir de 1945 et constituée de jeunes couples qui rejoignent d’anciens célibataires qui les jalousent ; ces familles vivront dans des « postes » dotés du confort (dispensaire, école, magasins, électricité, eau courante…), les agents s’acquittent au minimum du séjour requis en « brousse ». À leur différence, mon père fait le choix d’accomplir une mission civilisatrice qu’il assumera quoi qu’il lui/nous en coûte. Il refusera le « piston » de son supérieur pour obtenir une région agréable ; lui échoit la pire, infestée de malaria et de maladie du sommeil – la forêt équatoriale est, en taille moindre, l’exact équivalent de l’Amazonie ; il y vivra 11 ans jusqu’à l’orée de son décès – à 40 ans –, tout en gardant à ses côtés sa famille qui l’accompagnera au gré de ses déplacements. Incidence sur le rapport aux autochtones, leur langue, le lingala, est incontournable. Dès ma naissance, il fait une tournée pour dresser des cartes dans un territoire peu exploré grand comme la Belgique. Ma mère et moi l’y accompagnons comme on fait du camping, en pirogue et à la rame, vers Inongo, zone inondée de la Salonga ; j’y suis le premier enfant blanc jamais vu. Selon le récit maternel, nous logeons dans des gîtes délabrés ou impraticables – une case est alors réquisitionnée auprès du « mbulukutu », le chef au service de l’administration. Suite à une terrible dysenterie, ils doivent me ramener d’urgence, toujours en pirogue, à Mbandaka. Les nuits se passent, sans arme, sur les bancs de sable infestés de crocos et surtout d’hippos en goguette. Plus généralement, mon père à chaque territoire attribué est sollicité par une queue de requérants pour régler des conflits, de même ma mère pour les questions de santé : blessures graves, maladies, soins aux nouveau-nés. Le « boy » fait la traduction et rabroue les requérants3. Progressivement tous deux, moi puis mon frère acquerrons la langue ; ils reconnaîtront même que je les surpasse : « un vrai nègre » ! En quoi le français serait-il ma langue « maternelle » ?
Notre vie est itinérante, de gîtes en gîtes des plus sommaires, dépourvus de tout, alimentés irrégulièrement par la « benne », un vieux camion, en conserves, sacs en partie gâtés de patates, oignons et carottes. Nous aurons un petit frigo à pétrole à mes 5 ans, mais toujours aucune arme ; pourtant des animaux dangereux nous voisinent à proximité des gîtes : éléphants, léopards, « liobos » (sortes de hyènes), etc. – nous les entendions même en plein jour, sinon à sa tombée. Notre père s’en remet donc, avec nous, au soin des autochtones, nous laissant sous leur protection des jours et des nuits lors de ses explorations. En dépit des relations qu’il entretient avec eux – elles sont loin d’être exemptes de la violence coloniale ambiante – il ne se départit d’un fond de confiance implicite : par ses choix, il s’en remet aux autochtones plutôt qu’à ses collègues (les causes de son décès ont montré qu’il n’avait pas tort !) ceci bien qu’au début de sa prise de fonction, certains d’entre eux avaient été accueillis par des volées de flèches : notre région était celle où avait sévi jusqu’en 1908 la terrible campagne organisée par les « Concessions » autorisées par Léopold II, celle du « caoutchouc rouge », du sang des mains coupées ! Le total dénuement dans lequel nous nous trouvions de par les choix paternels nous rendait aussi dépendants des autochtones pour la nourriture protéinée (pêche et chasse). Bref, il était donc vital de posséder pour rendre la justice, négocier, faire exécuter une connaissance fine et étendue de la langue locale.
Notre vie enfantine était dépourvue de toute socialité : pas d’école, notre mère y suppléait de 10 à 12 h en dispensant durant trois ans un enseignement entrecoupé de tâches domestiques assurées avec les deux boys (sans magasin, tout était à inventer, fabriquer, réparer). Seuls les rares séjours à Basankusu – un des centres de la traite du caoutchouc sous Léopold – nous nous rendions par la forêt à un pensionnat de missionnaires. Sinon, notre monde enfantin s’arrêtait à la clôture du gîte et à la piste, alors que le village était à proximité. Cette solitude résultait d’un apartheid aussi total que dénié : n’existaient comme interlocuteurs que notre mère, les deux boys et le « moké », Lofélé, pygmée Twa, porteur d’eau que nous accompagnions à la source avec nos seaux de plage accrochés, comme lui, à chaque bout d’un solide bâton. Sorte de grand frère, il nous montre le parti à tirer de la nature pour fabriquer des objets musicaux, arcs et flèches… qui complètent nos rares jouets. Dans ce contexte, les quelques visites de coloniaux sont marquantes de par le déversement de racisme et de violence visant les autochtones lors des repas (évocation des menaces, de leur exécution à la chikotte qui me faisait imaginer les hurlements de la victime) ; vers 8 ans, accompagnant le père, nous découvrons dans un village un vieillard à la main droite coupée sous Léopold. Le décès paternel à mes 9 ans nous fixe deux ans dans la capitale durant laquelle ma scolarisation a été très lacunaire sans doute pour « somatisation ». Seul au logis, je me plonge dans la lecture de romans pour adultes et l’écoute de musique classique, la folie maternelle ayant fait parvenir ces objets de luxe par la benne depuis l’Europe alors qu’en « brousse » n’existaient ni loisir ni moyen pour en profiter (nous nous éclairions à la lampe Aladin). Ce suspens scolaire a été salutaire (v. infra).
Vient le départ définitif à 11 ans pour l’Occident (Bruxelles). Chaque période de vacances nous met alors en contact avec la langue de l’Est de la France auprès de cousins qui nous imprègnent de leur accent et surtout d’argot : je suis une éponge. Durant cette période jusqu’à 14 ans, ma scolarisation est en pointillés : en cause un premier contact dévastateur, les « camarades » de classe, après le tour inaugural où chacun se présente, m’entourent à la récré’ avec des gestes obscènes et chantent « hou ! hou, li pitit conngolais ! », etc. : une langue même maternelle peut être inhospitalière ! Harcelé, je reste seul à l’appartement, m’occupant comme à Léo’. Une chance : durant plus de cinq ans, j’échappe à la corruption de la grammaire scolaire. À 14 ans, la scolarisation m’est imposée : nous intégrons un internat rural en Wallonie fréquenté par des élèves en difficultés diverses. Ils forment une république des enfants gérée par les religieux d’une congrégation chassée de France. Tout le monde a des retards scolaires ; deux enseignants sont excellents, mais tous ont le mérite de séparer les performances orthographiques des contenus de savoir. Liberté précieuse ! Mes zéros ne m’entravent pas : associant une couleur à une lettre-son, j’applique cette synesthésie à l’usage et configure les mots en fonction des couleurs que je leur prête. Je découvre le wallon, la saveur de ses expressions et la diversité sociologique des élèves – j’y apprends non seulement l’égalité des langues et « patois », mais aussi celle des élèves quels que soient leur origine et leur degré de réussite.
En 1963, je découvre le Panafricanisme4 grâce à une géniale enseignante. Ébranlement, le monde des certitudes assaisonné d’un racisme accommodé d’humanisme s’écroule. L’univers est mensonge : les « grands enfants » un peu bêtes quand ce ne sont des « macaques » disposent en fait de penseurs de l’émancipation capables de se lever et vaincre contre notre civilisation et notre puissance. Conséquences : faire table rase du passé ; inventer l’à-venir ! D’où, urgence de modernité, travailler à suspecter tout discours, lesquels s’avèrent n’être pas univoques mais plurivalents. Dès lors je conçois d’algébriser la signification des œuvres en établissant les équations qui les particulariseraient où constantes et variables seront saturées par les valeurs qualitatives qu’y injecteront chaque lecteur.
En 1964, en première année de philologie romane à Bruxelles, je suis mis en demeure de corriger mon orthographe en un mois, sinon je suis exclu. Aussi, je rationalise la grammaire en l’assujettissant à mon intuition linguistique. Gagné : elle est le seul guide au cœur de la langue ! Dans les marges des enseignements, auprès de pairs cultivés, décisifs, découverte du structuralisme en poésie (Jean Cohen, 1966, que je critique), de Derrida, puis en linguistique Martinet, Jakobson, que j’adapterai en 1968-1969 à une sémantique singulière dans un M1 à Leuven pour rendre compte de la spécificité de Les Conquérants (Malraux) – seul exemple en Belgique semble-t-il.
En 1971, A.-J. Greimas me propose une bourse pour le Centro internazionale di linguistica e semiotica d’Urbino afin de poursuivre dans une thèse mes travaux en sémiotique fondamentale procédant à la mathématisation ad hoc de sa matrice signifiante accordée au schéma de l’appareil psychique projeté sur une chaîne de Markov par Lacan (un équivalent M2). Mais l’exigence décoloniale ressurgit : je fais connaissance de Fernando, le « prophète rouge », revenant de la Révolution culturelle vécue à Pékin5 : un autre monde est possible si on s’en donne la peine ! En fait je poursuis l’utopie de mon père : 1972-1983, établi 11 ans (durée identique à son séjour volontaire en forêt), maoïsme : le travail sur la plurivocité du sens fait naufrage devant la vérité univoque du totalitarisme que, férocement, nous nous administrons. Mais aussi, inoubliable, le partage lumineux, 24 h sur 24, de la vie d’ouvriers immigrés, subsahariens (soninké, bambara, wolof, peul…), turcs, maghrébins (schleuh) et portugais avec leurs familles réunies grâce à nos ruses pour obtenir le regroupement familial dans un ancien bâtiment religieux. Puis reconstruction longue en intriquant des passions récurrentes :
1985-1991 : je suis par choix formateur auprès de « bas niveaux de qualification » issus des milieux ouvriers, illettrés en français, arithmétique… Je découvre des bateliers et leurs parlures teintées de wallon et de picard, que je décris ainsi que leurs graffitis. En 1990, je soutiens une thèse qui approfondit le projet de 1971-1972 : Comment le sens vient aux mots au Champ freudien. En 1997, je suis invité à rejoindre le comité de rédaction de la revue Langage et Société.
Bouclage imprévu : sans se concerter, un collègue hispano-belge de l’ULB et une responsable d’ECP m’invitent à… m’investir dans la « colonialité », ce à quoi contribue ce texte qui, subvertissant le partage entre langue de maîtres et langues de gueux, parle de notre commune ouverture au monde par le pluriel des idiomes.
« Langue maternelle » ? Et après
Y aurait-il un contact de langue dès la vie utérine ? Je suis issu de mère française et de père francophone ; bien que peu présent, il jurait dans la seule langue qui m’impressionnait, le flamand, celle de la force ; sinon, d’emblée les relations domestiques et professionnelles nécessitaient le lingala. Dès lors, quelle était « ma » langue « maternelle » ? Je partage le trouble de Diagne divisé entre wolof et français, parmi d’autres de son entourage6. En face, le sourd profond de naissance n’hérite d’aucune langue mais il naît au langage par la gestualité et, même en dépit de l’absence de signeurs, il invente en interaction une « langue émergente »7 : comment ? Par quoi ? Pourquoi une langue maternelle existerait-elle alors pour les entendants ? C’est l’actant extérieur, disponible, attentif, dépourvu d’attentes normatives, lui qui « compte » pour l’infans, qui l’interpelle en reproduisant de possibles signes, et l’amène ainsi à transformer son babil, qu’il soit gestuel ou verbal, en devenir-signe au travers d’interactions8. In utero, le pointage qui associe son ou geste à un objet n’existe pas ! La langue n’est-elle pas toujours celle de l’autre qui m’incite à réagir, signifier… ?
Par ailleurs, pourquoi « matiti », « biloko », tel juron lingala, telle expression soninké ou portugaise, ou turque, ou arabe… me viennent encore à l’esprit quand le mot convenu fait défaut ? De même, les « sacres » québécois et les jurons serbo-croates, recueillis avec soin – les plus sophistiqués ; les premiers auprès de celle qui m’a orienté vers le prophète, les autres, appris de mes amis slovènes dès fin 1969 et qui m’accompagnent encore par-delà la mort ?
La mère console, cajole, gronde à l’occasion, sans conviction ; sanguin, le père jure, nous caresse le cuir : pleurs puis rires, sinon il joue avec nous... quand il n’est pas en tournée. Le lingala est utilitaire, indispensable et accompagne des tensions voire des eng…lades dont nous ne perdons pas une miette. Inoubliables, ces mots sont à la fine pointe de la performativité, mais aussi des locutions sonores et enlevées, telle « ko lala na Nzambi » : on y accentue l’initiale et l’antépénultième (dormir chez Dieu ; d’où, dormir profondément).
La situation est bien plurilingue.
Pratiques de langues et parlures en ou hors intercompréhension
Les langues pratiquées en intercompréhension se focalisent sur l’immédiateté du message, son utilité ; sa propriété poétique et émotionnelle est parasite, même si, intempestive, une flèche colorée peut subvertir la compréhension. Le lingala est parlé en relation verticale dans un discours d’autorité qui ordonne et fixe les procédures : il fait faire, et comment ; la langue est alors supposée transparente et les énoncés, partageables ; la mauvaise exécution est imputée au destinataire, à son manque de volonté et/ou d’intelligence. Elle provoque l’impatience de l’irascible ; il jure ! Ce préjugé est parallèle au discours scolaire, certes plus « civilisé », mais que révèle le tropisme toujours dénié, mais prédominant, du handicap socioculturel. Il en est de même en moins aigu dans l’espace domestique de notre enfance, asile de survie, celui-ci s’accompagnant de coopération et d’empathie dans l’accompagnement des tâches. De ce côté, la part de la mère avec les boys, de l’autre celle du père avec les salariés par force, ce qui ne l’empêche pas de nouer des relations plus horizontales avec le boy qu’il se réserve pour ses grandes tournées et lors de notre absence en Europe pour raison de santé : il le surnomme du nom du héros du La Randonnée de Samba Diouf, des frères Tharaud (1922). Sans compagnon de jeux autre que le petit frère, imitant le ton et les formules du père, je ferai l’important avec les boys, qui discrètement me rabroueront. Avec Lofélé, le rapport est inversé : lors de ses moments libres, nous l’écoutons, attentifs, l’observant choisir, élaguer, tailler branche ou écorce, insérer du papier pour muser... Loin de ses employeurs, il se lâche, se repose insolemment... La pratique du français et du lingala est genrée, entre père et mère ; elle est aussi configurée par la spécificité de nos relations avec chacun (v. supra). Cette expérience d’emblée bilingue me convainc à jamais qu’une langue s’apprend sans effort quand on est immergé, en interactions avec autrui, dans le sens pluriel de l’activité. C’est là que s’enracine la loi grammaticale accessible à tous grâce à l’intuition de locuteur9 – c’est ainsi que j’ai assimilé l’orthographe, qu’ensuite, avec les illettrés, je les ai guidés pour que nous trouvions la solution à l’éprouvant « accord du participe passé avec avoir », lequel en définitive ne souffre aucune exception (cf. « Edmond »10). De là suit que la grammaire trahit la langue et son creuset ; elle est un outil d’abrutissement. Ainsi, négociant avec la tardive obligation scolaire, je livrais à l’apprentissage du flamand l’effort minimum pour obtenir la moyenne nécessaire à la réussite de mon année (à la différence de la France, qui cultive la hiérarchie des matières, partant le dédain de certaines, la Belgique s’honorait d’exiger une note suffisante dans chaque matière afin à terme de délivrer un authentique diplôme d’Humanités. Priorisant le flamand, je n’ai fait aucun effort en anglais lorsque j’ai été responsable de projets européens, dont le dernier, richement doté (Profane citizenship in Europe) : un collègue… flamand me représentait auprès de la Commission.
Appétence aux langues hors intercompréhension : tout d’abord, le bilinguisme met en évidence la matérialité langagière des jurons de par leur puissance transgressive, mais aussi celle des locutions imagées. Aussi, mon attention flottante se porte sur les ratés, les trouvailles, les parlures, dont le verlan, que j’ai découvert dès 1987 être pratiqué et pensé par des enfants de 7 ans alors que les spécialistes le prêtaient à de jeunes adultes. Il n’y a donc pas lieu de hiérarchiser langues, variétés, modes d’expression : tous manifestent notre humanité11. Les échanges sont dans leur essence tramés de la musicalité, du tempo, de la rythmique de leur(s) idiome(s) qui se condensent dans des formules : les répétant, nous timbrons leur charme. Ici, le sens utilitaire est parasite. Combien d’heures en ’71-’72 avons-nous passées dans cette chambre d’un ancien bordel, 72 rue Quincampoix, Ch. et moi, parmi huit Soninkés et le va-et-vient de leurs hôtes, rien qu’à les écouter, passant au bambara, au peul…, suivre le mouvement de leurs conversations, tous juchés sur des lits superposés grinçant à chaque exclamation, parmi les rats ! « Honné honné, yelingué… » Car là, on voit et comprend autre chose que les messages qui circulent, nous échappent bien qu’accessibles à notre demande. Dans un flux poétique, voire dramatique, une autre France se révèle là, qui abasourdit ! La confiance ainsi gagnée, accompagnée d’actes, a épargné à une fillette un lourd handicap : détenant l’autorité, ses oncles maternels refusaient l’avis des médecins mais, fréquenté durant un an, celui de la chambrée les a fait céder.
Envoi
Avec les Portugais, les Turcs, l’expérience se répète et diffère à chaque fois ; nous rend plus attentifs, recueillis. La langue est charnelle, au travers des formules, d’expressions toutes signées par ceux qui nous les ont adressées, elle nous offre les stèles qui les célèbrent à jamais, forcent le silence en venant à notre bouche comme cela saute aux yeux, passent le temps et la mort : lingala, schleuh, flamand, portugais, soninké, slovène, turc… et même français. Bref, pas un jour qu’ils ne nous visitent ; c’est le bon tour de nos amis et de chacun !
